Dans les coulisses d’un décathlon record ( +Vidéo )

Kevin Mayer a pulvérisé, dimanche dernier au Decastar de Talence, le record du monde du décathlon avec 9 126 points soit… 81 points de plus que le total réalisé en 2015 par la « légende » de la discipline, Ashton Eaton. Un exploit gigantesque dont on vous a déjà parlé sur votre site préféré, les kids, mais on a décidé cette fois-ci d’en profiter pour vous faire mieux connaître cette discipline, elle même « hors normes ».
On a trop longtemps présenté le décathlonien comme un athlète « moyen partout et bon nulle part » mais il suffit de regarder les chronos, sauts et lancers de Kevin Mayer pour s’apercevoir que ce « cliché » est très éloigné de la réalité ! Pour briller en décathlon, il faut de la vitesse, de la puissance, de l’habilité motrice, une excellente coordination et de l’endurance ! La rédac’ vous invite à plonger dans les coulisses d’une spécialité qui ne ressemble à aucune autre…

 

1 – La préparation
Le décathlon est donc une spécialité de l’Athlé un peu à part où les athlètes ( les « combinards » comme on les appelle parfois ) sont amenés à rester ensemble deux jours sur le stade. Côté entraînement, le décathlon a aussi ses spécificités car il est impossible de s’entraîner « 10 fois plus » que les autres alors qu il y a bien « 10 fois plus » d’épreuves… Quant on sait qu’un sportif de haut niveau suit en général sept à huit séances d’entraînement dans la semaine, cela ferait donc … 70 ou 80 sessions hebdomadaires pour un décathlonien ! Impossible, tout simplement. Le décathlonien va donc s’entraîner « intelligemment » et ne pas se concentrer sur la quantité mais trouver des solutions pour améliorer une qualité sans en négliger une autre. 

PERCHE ELITE TOUR

En clair, il faut apprendre à passer rapidement, physiquement et mentalement d’une épreuve à une autre. Sans oublier de penser à la qualité technique des gestes sur chaque discipline. Et quand il cherche à s’améliorer sur l’une d’entre elles, Kevin veut tout de suite se comparer aux meilleurs ! C’est pourquoi il n’hésite pas à faire appel et à travailler avec les spécialistes les plus pointus comme Renaud Lavillenie, pour le saut à la perche.

L’approche mentale avant la compétition est également très importante. Dans une interview accordée en 2017, Kevin Mayer déclarait à ce propos :  » Avant chaque compétition, une forme de dépression apparaît (…) Je deviens très émotif, j’écoute des musiques ou regarde des films émouvants, et je peux me retrouver à pleurer, tout seul dans ma voiture. Mais je me connais, je suis toujours comme ça avant un décathlon. J’ai envie d’arrêter l’athlétisme tous les jours. Je stresse beaucoup mais j’essaye de laisser aller. Je n’aime pas ces moments mais c’est aussi ma force, ça me met en condition pour les championnats. Dès que j’arrive sur la piste, tout est oublié, j’ai envie d’en découdre (…) »… On a bien vu ce que ça donnait ! 

Selon Kevin Mayer, réussir à sortir de son décathlon entre deux épreuves est capital pour ne pas « bouffer » de l’énergie inutilement.

3 – La gestion du temps entre les épreuves
C’est incontestablement l’une des grandes particularités du décathlon et un véritable « défi » pour ceux qui pratiquent ces « 10 travaux d’Hercule ».  Une lutte avec le temps où il va falloir gérer deux jours à rallonge puisque les athlètes, lors d’un grand Championnat, se lèvent à 6h pour repartir du stade à la nuit tombée (avant de recommencer le lendemain matin). Le décathlonien va donc devoir livrer une bataille de 48 heures avec son corps… celui-ci lui rappelant qu’il n’est pas fait pour passer, par exemple, d’une épreuve de force à une course de demi-fond. Il va donc devoir apprendre à gérer et « apprivoiser » les petites douleurs qu’il ne va pas manquer de ressentir. Et pour cela, chacun a sa recette pour récupérer, recharger les batteries ou « faire le vide »… « Réussir à sortir de son décathlon entre deux épreuves c’est très important, souligne Kevin Mayer. « Si on n’en sort pas, ça veut dire que l’on reste concentré. Et la concentration, c’est ce qui bouffe le plus de jus. On ne peut pas rester concentré deux jours. »

DECASTAR DE TALENCE

4 – La récupération
Tout ce qui peut contribuer à la récupération est bon. Certains vont préférer le sommeil, d’autres une séance de kiné. En fait, tout dépend du temps dont le décathlonien va disposer. Et s’il peut enchaîner bain froid, étirements et massage, il ne va pas s’en priver ! Sachez, les kids, que des kinés sont à la disposition des athlètes dans la salle de repos, entre les épreuves. Cela les  aide à récupérer et à éliminer les tensions. Mais attention : se relaxer pendant un déca ne veut pas dire automatiquement « lâcher » son déca. Certains dorment même entre certaines épreuves, à l’image des navigateurs, avec des « micro-siestes ». Il n’y a pas de règle et chaque athlète a ses habitudes et apprend, avec l’expérience, ce qui est bon pour lui. 

 

5 – L’alimentation
Comme dans tous les sports, une bonne alimentation est indispensable pour espérer réaliser des résultats. Les décathloniens mangent souvent des féculents afin que ça « tienne au corps » sans trop les alourdir. Pendant la journée, barres céréales et boissons énergisantes sont au menu. Le soir, les athlètes ont besoin parfois de temps avant de retrouver l’appétit. Ce n’était pourtant pas le cas de la championne suédoise Karolina Kluft (triple championne du monde d’heptathlon en 2003, 2005 et 2007) qui, entre le concours de poids et de la hauteur, avalait… un plat de pâtes !

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